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LE RÂMÂYAṆA.

l’excellence de l’époux qui est pour la femme la divinité suprême परमं दैवतं पति:. Sîtâ accueille avec joie et déférence les paroles de la vieille brahmacâriṇî et se met à exalter plus encore le devoir de l’épouse, citant à l’appui l’exemple de plusieurs déesses, telles que Sâvitrî, Arundhati et Rohiṇî[1]. Ce langage satisfait tant la grande pénitente, que, en vertu du pouvoir qui est l’attribut de la pénitence, तपोयोग्यं, elle fait à la fille de Janaka le don d’un fard céleste, aṅgarâgeṇa divyena, moyennant lequel elle plaira toujours à son cher époux comme Çrî aux formes charmantes plaît au sien[2]. À ce don incomparable, dânam anuttamam, Sîtâ répond par la jonction de ses mains en forme de coupe, c’est-à-dire par cette salutation respectueuse qu’on nomme anjali ; puis, elle s’assoit aux pieds de la vénérable dame. Et celle-ci lui ayant témoigné le désir d’entendre l’histoire de sa vie, l’épouse de Râma y satisfait. On lit alors la légende déjà mentionnée suivant laquelle Sîtâ, pendant que son père labourait, sortit soudain d’un sillon, Sîtâ, à cause de quoi, elle fut appelée Sîtâ[3]. Ce mythe a son pendant dans celui de Tagès[4], trouvé dans une terre fraîchement labourée. La légende biblique de la naissance de l’homme d’une motte de terre, עפר מן-האדמה[5], est de la même famille. C’est encore le cas des contes des nourrices, d’après lesquels on trouve des enfants sous un chou ou dans le bec d’une cigogne, le cultirostre si populaire des campagnes. Tout en tout genre se répète perpétuellement, en changeant de forme ; mais cette forme se ramène à son identité primitive par l’étude comparative des croyances plutôt que par celle des langues. C’est pourquoi, disons-le en passant, il faut prendre garde de voir la source des traditions génésiaques de la Bible dans les mythes chaldéens. La source en est incontestablement plus vaste et plus reculée dans le temps que Babylone. L’humanité qui nous parle dans ces mythes et légendes, la poussière de l’histoire primordiale, gît éteinte loin derrière Babylone et Thèbes.

Cependant Sîtâ continue et achève son récit, après quoi, revêtue de toutes

  1. Râm., III, 3, 10 sq.
  2. Ib., 3, 20.
  3. तस्मातू सोतेत्यसौ c’est pourquoi son nom est Sîtâ (Ib., 17).
  4. Voy. Cicero, De Divinatione, II, 23. — Festus, De Verborum significatione, p. 359, édit. Otf. Müller, 1839, appelle ce Tagès nepos Jovis, tout comme l’vangile dit que l’homme est fils de Dieu : Ἀδάμ, του Θεοῦ. (Luc. III, 38).
  5. Genesis, II, 7.