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ANNALES DU MUSÉE GUIMET

épopée un nouvel élément d’action, l’élément démoniaque, et cela avec les Râkshasas, qui, sous des formes diverses, nânârûpâṇi, font tout le mal qu’ils peuvent, principalement aux pénitents, तापसान्. Pour peu que la conduite des anachorètes s’y prête par quelque faute, ils font d’eux leur proie[1], et à cet effet, ils les tentent de toutes les manières par les vexations les plus outrageuses, परां हिसामनार्या:[2].

Les solitaires qui habitent avec Râma la forêt du mont Citrakûla viennent, après le départ de Bharata et des siens, prier le royal anachorète d’empêcher les démons de les tourmenter, autrement ils se verront forcés de changer de séjour et de s’établir loin de là dans un autre bois. « Nous nous y refugirons avec toi » lui disent-ils[3]. Râma qui, dans la pureté native de son âme, ne s’était pas douté de vivre entouré de râkshasas, voulut faire changer de résolution ces saints pénitents, mais il ne put y réussir et ils partirent, conduits par leur chef.

Après leur départ, Râma résolut aussi de s’en aller, parceque l’endroit où il était entretenait dans son cœur le souvenir douloureux de sa mère, de son frère et de son peuple. Allons donc ailleurs, तस्मादन्यत्र गच्छाम, dit-il à Lakshmaṇa et à Sîtâ[4], et les voilà en route. Parvenu à l’ermitage du grand pénitent Atri, le héros fut paternellement, pitrivat, reçu par le saint et par son épouse, la brâhmanî Anasûya, pénitente d’un grand âge, mahâvṛiddhân, parfaite, siddhân, pure, çuddhân, de grande destinée, mahâbhagân, occupée au bien de tous les êtres, सर्वमूतहिते रतां[5]. Le muni la présente à Râma en disant qu’elle a brûlé dix-mille années dans le feu d’une grande austérité : दशवर्षसहस्त्राणि ववा तप्तं महत् तप:, et qu’elle est pour lui qui est sans péché, anagha, comme une mère. Il désire donc que Sîtâ devienne l’amie de cette sainte. C’est-ce qui a lieu, et la vénérable anachorète adresse incontinent ses félicitations à la fortunée épouse de Râma, parce que, sacrifiant tout à son époux, elle l’a suivi dans les bois par un attachement de cœur : अनुरागहने ; puis, elle lui fait un petit discours sur

  1. Si male egeris, statim in foribus diabolus aderit. (Gen., IV, 7.)
  2. Râm., III, 1, 22.
  3. Ib., 29.
  4. Ib., 2. 4.
  5. Ib., 7.