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ANNALES DU MUSÉE GUIMET

पहाराज प्रीतो यदशना वयो यदन्न: पुरुषो नूनं तदन्ना: पितृदेवता: ॥[1]. Voilà un nouvel argument à joindre à la thèse que nous soutenions plus haut, à savoir que les dieux étaient en général des héros nationaux, des hommes et restaient cela après leur apothéose.

Sur ces entrefaites, Râma reçoit la visite des épouses de Daçaratha, suivies de Vaçishtha. À cette occasion, il y a une série de discours plus moraux et plus édifiants les uns que les autres. Ils remplissent six chapitres. Signalons celui où Râma fait l’éloge de la vérité. « La vérité, dit-il, est la racine de toutes les actions religieuses ; sur elle sont établis les mondes : सत्ये लोका: प्रतिष्ठानं. Que la vérité soit donc notre but suprême. तस्मात् स्त्यपरो भवेत्[2]. La vérité, le devoir, la valeur, la compassion envers toutes les créatures, le doux langage, l’action d’honorer les deux-fois-nés, les dieux et les hôtes, sont, comme disent les sages, la route qui aboutit au triple ciel : सत्यं च धर्मं च पराक्रमं च भूतानुकम्यां प्रियवादितां । द्विजातिदेवातिथिपुजनं च पन्थानमाहुस्त्रिदिवस्य सन्त: ॥[3].

Quand Râma a achevé son discours, fait dans le but de justifier sa fermeté de maintenir la parole qu’il a donnée à son père de s’exiler pendant 14 ans, Vaçishtha, pour glorifier Râma et l’amener à reprendre le gouvernement, expose la genèse du monde, lokasamulpattim, où l’eau apparaît comme le principe de tout : सर्व सलिलमेवासीद्. Tout a pris naissance dans l’eau, affirmait Thales ; tout en vit, dit le Véda, तद्विश्वमुप जोवति[4]. C’est dans l’eau ; affirme à son tour l’Atharva Véda, que réside l’immortalité[5]. Svayambhû même, l’impérissable Brahmâ-Vishnu sortit de l’eau[6]. Puis, Vivasvat, le soleil, engendra Manu, le premier roi d’Ayodhyâ, dont

  1. Râm., Ib., II, 111, 36.
  2. Ib., 118, 10, 14.
  3. Ib., 118, 32.
  4. R. V. I, 164, 42.
  5. Atharva-V., II, 1, 4-6 et 33.
  6. Râm., II, 119, 2. La genèse de Manu ne va pas jusque là. Elle dit bien que l’eau est le principe des choses, mais c’est Svayambhû qui l’a produite, apa eva sasarja adau. (Man., I, 8). Mais de l’hymne védique X, 129, 1, 2, il semble résulter que Tat et ambhah, l’eau, étaient identiques. Par eau, il faut naturellement entendre le fluide simple et remonter pour cela au delà même de l’hydrogène, corps composé déjà. Après Thales, Héraclite aussi eut l’intuition de cette vérité, quand il proclama, nous répète Socrate, que tout flue et coule : ἄει γὰρ ἄπαντα ἀνω τε ϰαὶ ἀτω ρεῖν. (Philebus, XXVI, recens. Hirschig.)