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LE RÂMÂYAṆA.

वापि त्वया विना[1]. À ces paroles, qui lui rappellent celles que lui avait dites déjà Sîtâ, Râma surmonte son désespoir, et, embrassant Lakshmaṇa, il lui dit : « J’ai brisé le joug de la douleur. »

Les exilés continuent alors de s’enfoncer dans une immense forêt, sumahad vanam, et arrivent au lieu désiré où la Yamunâ se joint à la sainte Bhâgîrathî, encore un des noms du Gange. Là, ils trouvent l’ermitage du muni Bharadvâja, qui les fait entrer chez lui. Râma dit au saint anachorète qui ils sont, lui et ses deux compagnons, et pourquoi ils viennent dans cette forêt de la pénitence, tapovanam. « Ici, ajoute-il, je pratiquerai étroitement le devoir ; les racines et les fruits seront ma nourriture », धर्ममेव चरिष्यामि तत्र मूलखलाशनः[2]. Sur cela, le solitaire l’invite à demeurer avec lui, mais Râma objecte que l’endroit est encore trop près de son pays, que ses parents viendraient l’y trouver, et cela jetterait le trouble dans son existence. Que le saint ermite veuille donc lui indiquer un autre âçrama, un ermitage isolé dans une absolue solitude : अन्यमाश्रममेकान्ते विवित्कं. Cédant à ces raisons, le mahâmuni lui désigne le Citrakûṭa, montagne éloignée de trois yojanas, repaire des ours et des grands singes à queue de vache, golângulas. C’est un lieu patroné par des maharshis, un lieu saint, fortuné, plaisant sous tous les rapports[3] : « Tu peux, lui conseille-t-il, t’élablir là ; je pense que cette solitude est l’habitation qui te convient », तं विविक्तमहं मन्ये वसं ते[4]. Il dit, et sert à ses hôtes à manger.

Le lendemain, Râma, après avoir fait la prière du crépuscule, संध्यामन्वास्य, salue avec respect le grand rishi, et prend le chemin du Citrakûṭa. Quand les voyageurs ont traversé la Yamunâ peuplée d’alligators, grâhavatî, ils adorent la rivière, प्रणम्य यमुनां[5] ; puis avancent vers le çyâma, un vaste figuier devant lequel Sîtâ fait l’anjali avec la prière de protéger sa famille et nommément son beau-père, çraçûraḥ, l’îçvara ou seigneur de Koçala.

  1. Râm., II, 53, 40.
  2. Ib., 54, 17.
  3. Ib., 54, 29.
  4. Ib., 33.
  5. La Yamunâ pour n’être pas aussi éminente en sainteté que le Gange (v. Vishnusmriti, XIX, 12 ; XXIII, 61 ; LXIV, 17 ; LXXXV, 10) l’est encore assez pour qu’un çrâddha offert sur ses rives procure une éternelle félicité au donateur (ib., LXXXV, 9.)