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LE RÂMÂYAṆA.

qui lui souhaite la bienvenue et lui offre ses services. Râma refuse les offres du prince en lui disant, qu’il ne porte plus d’autre habit qu’un vêtement d’écorce et que toute sa nourriture consiste en racines et en fruits sauvages : qu’il est un ascète, tâpasa. Puis, prenant un peu d’eau, il récite la prière du soir et se couche sur le sol nu avec son épouse : थूमौ शयानस्य सथार्यस्य[1], veillé par le fidèle Laksmaṇa, dont la douleur s’exhale en plaintes, non sur lui, mais sur la sort de ses parents. « Quel triste sort que le leur, s’écrie-t-il, d’être séparés d’un fils contre lequel ne pourraient tenir les dieux en bataille rangée, auraient-ils même pour alliés les Asuras : यो न देवासुरैः शक्यः प्रसोठुं सहितैर्युधि[2].

Cependant on passe le Gange (Jâhnavî), et, arrivée au milieu du fleuve sacré, Sîtâ invoque la dévî Gangà pour un heureux retour dans la ville, प्रस्त्याfअच्छेत् पुनः पुनों[3], faisant vœu de donner aux brâhmanes cent mille vaches, avec quantité de vêtements et de bijoux. Quant à Râma et à Lakshmaṇa, ils adorent le fleuve, après l’avoir traversé, sur le rivage méridional ; puis, se remettant en route et marchant à la file, ils font halte enfin non loin d’un lac, au pied d’un figuier dont les rameaux pendants prennent d’eux-mêmes racine et forment ainsi une tente naturelle. Mais il faut sustenter la vie et, pressés par la faim, ils tirent un cerf cochon, prishatam mṛigam, qu’ils mangent ensuite rôti à la flamme vive[4]. Car, dit le législateur sacré celui qui, même tous les jours, se nourrit de la chair des animaux qu’il est permis de manger, ne commet point de faute, si auparavant il l’a offerte aux dieux et aux Mânes[5] ». Ce repas de chair, qui se répète ailleurs, n’est donc pas une transgression de la loi. On s’étonne seulement que nos affamés se dispensent de l’offrande religieuse préalable. Mais peut-être que le caractère religieux de leur repas est indiqué par le mot hutavahan dans la phrase हुतवहं पेचतुस् ils cuisent au feu[6]. En effet ce mot désigne, par sa première partie huta, une oblation sacrificatoire suivant le rite. Dans tous les

  1. Râm., Ib., 47, 26.
  2. Ib, 48, 10.
  3. Ib., 52, 18.
  4. Ib., 62, 37 sq.
  5. Mânav., V, 30, 32. Le Code de Yajnavalkya dit la même chose. (Yajn.) I, 179).
  6. « Ou rôtissent sur la braise. » पच् veut dire à la fois « bouillir, cuire, rôtir. »