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ANNALES DU MUSÉE GUIMET

dieux allèrent supplier Brahmâ d’accorder au plus éminent des ascètes, pratapatân varaḥ, ce qu’il désirait. Et incontinent Brahmâ alla annoncer à Viçvâmitra que, par le suprême mérite de sa pénitence, il avait acquis l’état suréminent de brahmarshi : ब्रह्मर्षित्यम् अनुप्राप्तस् तप​सा ह्यसि दुर्लभं[1]. Cette qualité rendait le kshatriya qui l’avait obtenue le possesseur légal de tout ce qui existe dans les trois mondes, sarvasyâdhipatiḥ[2].

Maintenant, après avoir suffisamment fait sentir combien le Râmâyana est riche sous le rapport religieux, philosophique et moral, n’allongeons pas davantage ces préliminaires et abordons l’analyse même du poème. Ce sera un travail long et pesant, mais nil sine magno vita labore dedit, et pour nous étendre en connaissance de cause sur la philosophie et la morale de notre épopée nous ne voyons pas qu’il nous soit possible de nous dispenser de ce labeur. « Parle pour que je te voie[3], » disait Socrate à un quidam qu’il voulait connaître et juger ; lisons donc l’œuvre de Vâlmîki la plume à la main.


  1. Râm., ib., 67, 10.
  2. V. Mânav., VIII, 37 ; Yajnavalkya, II, 34.
  3. Ut te videam, aliquid eloquere. (V. Apul., Florid., 11.) Cf. le vers de Gresset :
    Pour moi, j’aime les gens dont l’âme peut se lire.