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Page:Andre Suares Voyage du Condottiere Vers Venise, 1910.djvu/177

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voyage du condottière

peint, pour le temps d’une foire universelle, ou bien de quelque Kremlin barbare en Moscovie. Elle en a la pauvreté fastueuse, moins une porte admirable, qui semble de vieux cuir guilloché d’or, et qui annonce seule la merveille retirée derrière les vestibules.

Blanche et bleue aussi comme une épousée, on quitte la place tant vantée, les couples roides du Nord, l’élégance banale et le rire des noces en voyage, les pas durs de l’étranger sur les dalles, et l’exemple des pigeons au nez de tous ces nouveaux mariés qui bâillent. On pousse, sur le côté, un lourd rideau de peau grasse, ouatée et très sombre.

Et l’on entre dans le miracle.

Ô sainte féerie ! L’encens fait-il lever les rêves, comme un vol d’alouettes mystiques vers la voûte ? On passe du monde haï au monde désiré, où tout est splendeur, calcul juste, contentement pour l’âme et vérité révélée dans l’harmonie.

Comme on irait du clairon puant au chant des chanterelles les plus suaves, on s’élève d’un accord vulgaire à une symphonie aussi pleine qu’elle est profonde et rare. Saint-Marc s’épanouit dans la profondeur, cantique du Paradis.

Dès la porte franchie, et deux ou trois degrés descendus vers les douces ténèbres, je vacille dans une nuit dorée, au seuil de la féerie très sainte. Tant de beauté m’enivre ; une telle et si riche consonnance, où entrent tant de sons, tant de timbres, me saoule et me nourrit. Je mords à l’œuvre incomparable dans la ville sans pareille ; et cet îlot d’émotion, au centre de la cité insulaire, j’en éprouve d’emblée la vertu. Saint-Marc m’isole de tout aussitôt et me rend à mes dieux.

Et d’abord, l’église paraît immense, dix fois plus grande qu’on