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Page:Andre Suares Voyage du Condottiere Vers Venise, 1910.djvu/156

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voyage du condottière

roulent en criant. Aux toits, de pâles fumées montent en plumes et en aigrettes minces. Les fossés, les murailles basses, les jardins, tout est poudré à blanc par l’été. La poussière lève sous le pied, à chaque pas. L’air a son odeur de sécheresse et de paille. On voit venir Padoue, comme une ville d’il y a deux cents ans, au temps de Louis XIV et de Villars. Je m’attends à la rencontre de médecins en robe et d’apothicaires à rabat. Une troupe de paysans, chargés de sacs et de besaces vides, forme un gros bataillon de pèlerins : quelque part, derrière ces murs rousseaux, le tombeau de Saint Antoine fait la gloire d’une église.

Patavia

Lourde et balourde, Badoue plus que Padoue, et les Patavins ont peut-être du Batave, Padoue est à l’enseigne du Bœuf ; l’Université a nom « il Bô ». Comme on doit manger ici ! Le cheval de Gattamelata lui-même est une bête de boucherie. Padoue dévote et grasse s’enroule en turban de lard autour de son bœuf bouilli.

Bordées d’arcades basses, les rues marchent pesamment sur des jambes courtes ; et quand une masure penche, elle se traîne sur les genoux. Plus d’une grogne et s’accroche au coude de la voisine. Les portiques ont un air de cache-nez ; là-dessous, les gens sont sujets au rhume. Chaque maison porte sur de gros piliers, au profil obtus ; les dalles de marbre usé s’enfoncent sous la voûte ; et chaque arche, ainsi, a l’apparence d’une chapelle grossière, au culte délaissé. On a passé toute la ville à la chaux, comme si elle avait eu la peste : tout est couvert d’un crépi jaune, où les crins du balai ont fait, dans le mortier,