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Page:Andre Suares Voyage du Condottiere Vers Venise, 1910.djvu/116

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voyage du condottière

faut fuir cette cadavéreuse cour. Et fuir aussi le port aride, où je me suis assis. Un sépulcre de vase, cette darse creusée entre digue et sable. Trois chalands à sec et quatre péniches ; deux ou trois bélandres, des voiles trouées ; et sous le dur soleil, les quais vides, le port vide, les maisons muettes. Là, j’ai pensé vomir devant une flaque d’ordure, ruche immonde de mouches bleues. Et toujours le dôme, par là-dessus, et ces spatules, les gros ongles en deuil aux doigts carrés des tours.

La coupable Mantoue se décompose. Je lève en vain les yeux sur les vieux palais de la place Sordello, où les créneaux font belle fleur contre le ciel, au front des façades gothiques. C’est trop peu d’une fleur. Une bordure d’iris ne peut sauver de la fièvre cette capitale de la croupissure. Elle a la paix sinistre du péché, qui se recueille. Elle est punie de submersion ; mais pour quel crime, je ne sais. Mantoue est la Ravenne de la Renaissance.