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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/251

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J’ai passé tout mon temps à rire :
Mes écrits libres en font foi.
Il sont si plaisants qu’à les lire,
On rira même malgré soi.

La raison sérieuse ennuie
Et rend amers nos plus beaux jours.
Que peut-on faire de la vie,
Sans rire et plaisanter toujours ?

Aussi Bacchus, Dieu de la Joie,
Qui régla toujours mon destin,
Jusqu’en l’autre monde m’envoie
De quoi dissiper mon chagrin.

Car de ma maison paternelle
Il vient de faire un cabaret
Où le plaisir se renouvelle
Entre le blanc et le clairet.

Les jours de fête on s’y régale,
On y rit du soir au matin.
Dans le salon et dans la salle,
Tout Chinon se trouve en festin.

Là, chacun dit sa chansonnette ;
Là, le plus sage est le plus fou,
Et danse au son de la musette
Les plus gais branles du Poitou.

La cave s’y trouve placée
Où fut jadis mon cabinet.
On n’y porte plus sa pensée
Qu’aux douceurs d’un vin frais et net.

Que si Pluton, que rien ne tente,
Voulait se payer de raison
Et permettre à mon ombre errante
De faire un tour à ma maison,