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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/242

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glose ! Je vous dis : Tâtez ce chapitre. Avalez cette belle glose ! Jadis un antique prophète de la nation judaïque mangea un livre et fut clerc jusqu’aux dents ; présentement vous en boirez un et serez clerc jusqu’au foie. Tenez ! ouvrez les mandibules.

Panurge ayant la gueule bée, Bacbuc prit le livre d’argent ; nous pensions que ce fût véritablement un livre à cause de sa forme qui était comme d’un bréviaire ; mais c’était un vénéré, vrai et naturel flacon, plein de vin de Falerne, lequel elle fit tout avaler à Panurge.

— Voici, dit Panurge, un notable chapitre et une glose fort authentique. Est-ce tout ce que voulait dire la bouteille ?

— Rien de plus, répondit Bacbuc, car trinque est le mot dicté à tous les oracles, célébré et entendu de toutes nations, et nous signifie Buvez !…

» Non rire, mais boire est le propre de l’homme : je ne dis boire simplement et absolument, car aussi bien boivent les bêtes, je dis boire vin bon et frais. Notez, amis, que de vin, divin on devient, et n’y a argument aussi sûr, ni art de divination moins fallacieux. Vin, oinos en grec, signifie force, puissance, car il a le pouvoir d’emplir l’âme de toute vérité, tout savoir et philosophie. Si vous avez noté ce qui est écrit en lettres ioniques à la porte du temple, vous avez pu entendre qu’en vin est vérité cachée. La Dive Bouteille vous y envoie. Soyez vous-même interprètes de votre entreprise.