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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/216

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— Au Mans, dit Eudémon, François Cornu, apothicaire, avait fait des cornets avec celles des décrétales qu’on nomme extravagantes, c’est-à-dire éparses, et tout ce qu’il y empaqueta fut, sur l’instant, empoisonné, pourri, gâté.

— À Paris, dit Carpalim, un tailleur, nommé Groignet, avait employé de vieilles décrétales en patrons : tous les habillements taillés sur ces patrons furent perdus.

Les deux sœurs de Rhizotome, Catherine et Renée, ayant mis des collerettes savonnées de frais, bien blanchies et bien empesées, dans un tome des décrétales, elles en retirèrent les collerettes plus noires qu’un sac de charbonnier.

Homenaz, qui écoute ces malins propos et bien d’autres encore (car Rabelais est inépuisable en saillies bonnes ou mauvaises contre les décrétales), Homenaz répond :

— Je vous entends, ce sont petits quolibets des hérétiques nouveaux.

C’est trop dire. Sans doute Rabelais est pour la réforme de l’Église ; mais il n’est ni schismatique ni hérétique. Il n’a pas assez de foi pour pécher contre la foi. Entre nous, je crois qu’il ne croit à rien. Mais il ne s’agit point ici de sa pensée secrète : il s’agit de sa doctrine. Il est avec les évêques et les prélats de France, contre la Sorbonne et les moines ; il est gallican ; il est un zélé défenseur des droits de l’Église et de la couronne de France ; il est contre le Pape pour le roi très