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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/125

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auxquelles on s’y livra furent ce qu’un poète grec appelle les tranquilles orgies de la pensée.

Bien peu de temps après cette fête, Rabelais se rendit à Montpellier où, le 22 mai 1537, il fut promu docteur, titre qu’il avait pris avant de l’obtenir, mais non sans en être digne, car c’était, tout nous porte à le croire, un très bon médecin. Il était, comme nous l’avons vu, botaniste et anatomiste, cuisinier, érudit, et il montrait, au dire de son savant ami Sussanneau, ce visage joyeux, serein, gracieux, ouvert qui réjouit le malade, notable partie de l’art d’Hippocrate et de Galien.

En 1537, il fit à Lyon, sa ville préférée, un nouveau séjour, troublé par une mésaventure sur laquelle nous sommes fort mal renseignés. Une lettre, qu’il adressait à quelque ami d’Italie, fut remise au cardinal de Tournon qui, y trouvant, à tort ou à raison, des indiscrétions blâmables, l’envoya au chancelier du Bourg, avec quelques lignes qui témoignent de sa mauvaise humeur à l’endroit du médecin de Jean du Bellay.

« Monsieur, mande-t-il, je vous envoie une lettre que Rabelesus écrivait à Rome, par où vous verrez de quelles nouvelles il avertissait un des plus mauvais paillards qui soient à Rome. Je lui ai fait commandement qu’il n’eût à bouger de cette ville (de Lyon) jusqu’à ce que j’en susse votre volonté. Et, s’il n’eût parlé de moi en ladite lettre et aussi qu’il s’avoue au roi et reine de