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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/102

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nement connu quelques-uns, mais il n’a rien pris dans aucun de ces contes chrétiens. Il a emprunté les principaux traits et l’esprit même de sa petite Nékyia à un ancien, à son auteur préféré, La Nékyomancie de Lucien lui a seule servi de modèle. C’est là qu’il a trouvé ces changements dans les conditions humaines dont Épistémon s’étonne et se réjouit. Dans ce dialogue, le philosophe Ménippe, interrogé par Philonide, lui conte la promenade qu’il vient de faire chez les morts.

PHILONIDE

Dis-moi, Ménippe, ceux qui ont sur la terre des tombeaux élevés et magnifiques, des colonnes, des statues, des inscriptions, ne sont-ils pas plus considérés aux enfers que le commun des morts ?

MÉNIPPE

Tu plaisantes, mon cher. Si tu avais vu Mausole lui-même, ce Carien illustré par son tombeau, je suis convaincu que tu n’aurais pas fini de rire, en le voyant étendu honteusement dans un coin, perdu dans le reste de la foule… Mais tu aurais ri bien davantage, j’en suis sûr, en voyant des rois, des satrapes réduits à l’état de mendiants, forcés par la misère à se faire marchands de viandes salées, ou bien maîtres d’école, exposés aux insultes du premier venu, et souffletés comme les plus vils esclaves. Je ne pouvais me contenir