Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/86

Cette page a été validée par deux contributeurs.


pas osé l’entreprendre. En Normandie, nous sommes francs et libres ; ce serait servitude si le Roi mariait les filles sans le gré des parents. Il ne s’agit pas ici du bien du royaume et de la chose publique, mais d’affaires de famille qui ne regardent que nous seuls. Pour conclure, ce mariage ne doit point se faire. Dame Estiennotte est femme de tête et de sens : qu’elle trouve un biais ; si on la tourmente, les conseillers de ville ne doivent point lui manquer au besoin. En tout cas, je réponds de moi, et l’on sait comment je me nomme. »

La sortie était un peu hardie pour le temps, et, si Tristan l’Hermite eût été là, il y aurait trouvé au moins la moitié à redire. Mais Roger Gouël avait parlé avec une chaleur qui entraîna ces hommes indécis, et jusqu’à Roger Delafontaine lui-même, tout honteux de l’avis timide qu’il venait d’émettre.

Qui dira le bonheur de dame Estiennotte lorsqu’elle se vit sûre d’être appuyée ? À peu de jours de là, elle fait avertir Désile ; celui-ci accourt, ne se possédant pas de joie, et dévorant en idée la bonne dot du marchand ; l’eau lui en venait à la bouche. Hélas ! c’était aller trop vite en besogne, et tout d’abord il trouve au logis un concours de monde qui ne lui plaît guère ; c’étaient les nombreux parents et amis de