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cris involontaires d’espérance et d’amour. C’est que Charles VI, plus grand de beaucoup, que ne le comportait son âge, était « souverainement beau de corps et de visage ; et tant estoit plein de grant bénignité, doulceur et amour, que Dieu le démonstroit mesme en l’empreinte de sa face ; en sorte que toutes personnes qui le voyoient estoient amoureux et resjoys de sa personne. » Donc, sur le passage de ce beau prince, du fils de Charles V, s’échappaient maintenant de tous les cœurs, comme de toutes les bouches, les cris mille fois répétés : Noël ! Noël ! vive le Roi !

D’abord, le prince avait été touché de cet accueil inattendu, et on avait cru le voir essuyer quelques larmes. Mais un mot du duc d’Anjou était venu réprimer ce mouvement généreux d’un jeune cœur, et glacer d’effroi la multitude éperdue : « Ribauds (avait dit le régent à ces malheureux), plus tost deussiez-vous cryer mercy, la hart au col ; mais aussi bien y perdriez-vous vostre temps. »

Et comme on passait, en ce moment, devant la tour du Beffroi, le duc avait ordonné que l’on dépendît la cloche de la commune, cette cloche fatale qui, en février, avait donné le signal de tant d’excès. Toujours, cependant, sur le passage du monarque, malgré le duc d’Anjou, des vieillards, des femmes en pleurs, des jeunes filles, des enfants, les mains jointes, criaient