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Charles VI n’était encore jamais venu à Rouen, et c’était la joyeuse entrée qu’allait y faire ce roi de treize ans ! Chose admirable ! en cette ville plongée dans une morne stupeur et dans une indicible angoisse, ceux-là, le croira-t-on, étaient les plus accablés, que leur fidélité à leurs devoirs, leur conduite irréprochable, lors des derniers troubles, devaient mettre à l’abri de toute crainte ; mais, à une époque où la religion régnait dans tous les cœurs, faut-il s’étonner que des chrétiens sincères, purifiés encore par de longues et récentes expiations, se regardassent comme prisonniers avec leurs frères, comme souffrant avec eux, accusés avec eux, voués avec eux à l’ignominie, à la mort ? Et voyez ce qu’imagina leur ingénieuse charité pour fléchir un monarque en courroux ! Dès les premiers pas que Charles VI et son cortège royal firent dans la ville, partout ils ne virent que tapisseries tendues le long des maisons, les rues jonchées de draps, de buis, et du peu que l’on avait pu trouver de fleurs et de feuillages. Partout des bourgeois, des nobles, des prêtres, des femmes, agenouillés, les mains jointes, fondant en larmes, criaient : Noël ! Noël ! vive le Roi ! On avait voulu apaiser, par un tel accueil, le monarque justement courroucé ; mais inutile précaution, à mesure que Charles VI s’avançait, ces acclamations intéressées faisaient bien vite place à des