Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/47

Cette page a été validée par deux contributeurs.


son grand sceau de cire verte, sur lequel Louis X était représenté séant en son trône, tenant le sceptre d’une main, de l’autre sa verge de justice ; et à la suite, comme des captifs derrière un char de triomphe, étaient traînés tremblants, à demi morts de frayeur, tous les membres du vénérable chapitre de Rouen, Gilles Deschamps, leur doyen, en tête, avec l’official, dont les prisons venaient d’être forcées, le prétoire démoli, et les prisonniers rendus à la liberté.

— « Chanoines, balbutia Jehan Le Gras, soufflé par les rebelles, vous avez trois cents livres de rente sur les halles de Rouen ; renoncez-y par cet acte que voilà tout dressé d’avance ; faites vite, car voilà venir la charte aux Normands : le jour baisse, et nous avons d’autres affaires. » — À peine l’acte était signé, que des trompettes retentirent et commandèrent au peuple un profond et religieux silence. Cependant, sur un échafaud dressé à la hâte, venait de paraître un homme revêtu des insignes de bailli ; c’était Thomas Poignant, bailli d’Harcourt. Il fallut qu’il lût à haute voix, pour tous les habitants rassemblés, la charte de Louis X ; ou des hommes armés de pics, de pioches, de leviers, et qui n’attendaient qu’un signal, allaient, à l’heure même, démolir ses maisons qui étaient là sur la place de l’Abbaye. Thomas Poignant, glacé de frayeur, lut, d’une voix mal assurée, la charte