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à vivre. Aussi, aurait-il bien volontiers joué pièce à ce funeste abbé Raffin. Mais quelle apparence, la distance étant si grande entre un pauvret comme lui et un archidiacre de Bayeux, abbé de Mondais ! Promptement guéri, quoi qu’il en soit, de sa vocation lyrique, de rechef l’ardent jeune homme s’en allait rôdant sans cesse dans les châteaux, les abbayes et les églises, supputant l’âge de ces monuments vieillis, déchiffrant des épitaphes, dévorant des cartulaires. L’église de Saint-Pierre, entr’autres, devait arrêter longtemps ses regards, avec ses riches pendentifs, les délicieuses arabesques qui décorent les dehors de son abside, et ce fameux pilier de l’aile gauche, avec son chapiteau aux bizarres et inintelligibles figures, hiéroglyphes encore inexpliqués alors, où Debras de Bourgueville et le docteur Huet étant venus, avant lui, suer sang et eau, avaient perdu leur latin et jeté leur bonnet par dessus les moulins. Logogryphe insoluble, ce semblait, et dont un jour pourtant notre archéologue trouva enfin tous les mots. C’est qu’aussi sur ce chapiteau bizarre l’architecte s’était avisé, qui l’eût pu croire ? de reproduire quelques scènes assez profanes des romans de la Table-Ronde, des fables, pour tout dire, mais des fables d’un sens tout moral, où étaient raillées, avec autant d’énergie que de malice, les extravagances que peut conseiller un fol amour à ceux qu’il