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Cideville « les secours qui ne demanderaient pas de mouvement. » N’était-ce pas lui avoir conseillé, en termes assez clairs, de ne rien espérer de lui ? Et, sur cela, Messieurs de la Bourse découverte entrant en joie, il les faisait beau voir et entendre (croyez-le), bravant, raillant, faisant rage ; enfin, tombant sus, sans pitié aucune, à toutes les Académies et Sociétés savantes de la France et de l’étranger.

Un jour, cependant, au plus fort de leurs ébats, joyeux devis et bruyants éclats de rire, voilà qu’ont retenti, soudain, à leurs oreilles, trois mots qui les pénètrent d’effroi ; trois mots sinistres, que vient de leur jeter brusquement une voix, hélas ! bien connue d’eux tous, une voix amie, sincère, et ayant parmi eux pleine créance. « Tout est perdu a dit cette voix, perdu sans ressource. » C’était un des leurs, maître Lasnon, vieux procureur au Parlement, fervent praticien, ne connaissant au monde d’autre livre que le Style du Chatelet, et même, disait-on, ne le sachant lire qu’à grand peine ; du reste, ancien et très digne compagnon de tous ces Messieurs, dont il dirigeait de son mieux les affaires. Pâle, essoufflé, aux abois, Lasnon était accouru leur annoncer en hâte les scènes affligeantes dont il venait d’être témoin au palais. « Et comment cela, tout perdu ? s’étaient-ils écriés aussitôt, M. de Cideville