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enfants errants et nus, sans parents, sans pain, sans abri sur la terre ? Que deviendront-ils, en guerre désormais avec le monde qui les repousse, avec les lois qui les flétrissent et les ruinent, avec des proches, heureux de leur infortune, riches de leur désastre ? Il verra, l’enfant du condamné, il verra le frère, les neveux de son père, il les verra riches de ses dépouilles, jouir, prospérer, s’enorgueillir, bien venus du monde dont, pour lui, il sera le rebut. À eux l’opulence, pour lui la nudité, les dédains et la faim ! Un grand crime, cependant, entre tous ces proches, mais crime sans suites fâcheuses pour les collatéraux innocents, que dis-je ? source, pour eux, de richesses, de crédit et d’honneurs ; tandis qu’il a voué à la honte, à l’indigence, au désespoir, l’enfant, le malheureux enfant qui, ce semble, n’y avait pas plus de part ; et toujours, apparemment, ce fils prendra patience ; toujours il sourira au monde qui l’aura maudit, aux lois qui l’auront ruiné, à des proches engraissés de sa substance. Il sourira ! croyez-le, vous, et adorez une loi si humaine et si sage, qui assure la paix du monde et l’indissoluble union des familles. Vous parlez de respect pour les coutumes ; mais où donc croyez-vous être ? Regardez le monde rouler dans l’espace, changeant sans cesse d’aspect et de figure. Voyez, les siècles se succèdent, inégaux, dissemblables ; les