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foule, au palais, pour voir les trois jeunes enfants du condamné disputer à des parents avides et dénaturés leur dernier morceau de pain qu’on leur voulait ravir. De longtemps on n’avait vu pareille affluence dans la grand’chambre du plaidoyer ; avocats, légistes, praticiens s’y étaient rendus, dès le matin, avant l’audience ; et là, groupés autour de l’avocat Brétignières, beaucoup lui reprochaient sa témérité d’oser ainsi s’attaquer à la Coutume, à des textes si clairs, et lui prédisaient un inévitable échec. Mais Brétignières n’était pas un homme que l’on pût si aisément décourager. Enfant du seizième siècle, de ce siècle inquiet, hardi, réformateur, il avait remarqué, dès longtemps, dans les vieilles lois de Normandie, des dispositions qu’il lui tardait de voir abolir ; aujourd’hui qu’il allait en attaquer une, la plus inhumaine de toutes sans contredit, il attendait la lutte avec assurance ; et, à son gré, présidents, conseillers et gens du roi tardaient bien à venir.

Ils parurent enfin, le premier président Saint-Anthot à leur tête, homme ferme, sage, éclairé, supérieur à tous les préjugés de son temps, un de ces juges, enfin, tels que les devait désirer Brétignières, pour une cause où la raison et l’humanité osaient, de concert, traduire à la barre de la cour ce vieux Coutumier que tous avaient respecté jusque-là, en Normandie, à l’égal presque de la loi de Dieu. Cependant MM. du Parle-