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dénoncé au bailliage de Rouen une inhumanité si criante, les juges, émus de la détresse de ces infortunés, indignés de la dureté de cette tante, n’en avaient pas moins prononcé tout d’une voix contre les trois pauvres orphelins. Car « nul homme engendré de sang damné ne pouvoit avoir, comme hoir, aulcune succession d’héritage ; » et, la loi étant si claire, quel moyen de s’en défendre ? Avocats, légistes, praticiens, présents alors en foule au bailliage, avaient, la plupart, hélas, approuvé la sentence. Quelques-uns, toutefois, en petit nombre, avaient osé se récrier ; mais plus haut, plus énergiquement que les autres, l’avocat Brétignières, qui, indigné contre cette famille dénaturée, révolté d’une loi si barbare, profondément touché de la détresse de ces trois orphelins, qu’il voyait sortir courbés sous la dure sentence qui venait de les vouer à la misère, s’élançant vers eux, comme leur tuteur les emmenait, s’était écrié, en les étreignant dans ses bras, qu’il fallait en appeler en hâte au Parlement, et qu’il ferait réformer la sentence, ou y laisserait son chaperon et ses lettres de licence.

Le jour était venu, pour Brétignières, de tenir cette promesse, que lui-même, peut-être, jugeait maintenant téméraire ; et, le 26 août 1558, le peuple, qui naguère avait vu mutiler et décapiter Guillaume Laurent, aujourd’hui encore courait, de toutes parts, en