Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/232

Cette page a été validée par deux contributeurs.


firent mine de chasser la pauvre bête, jurant et protestant que, méchamment et à dessein de nuire, elle avait monté l’escalier, quoiqu’on le lui eût défendu en termes exprès. « Je le crois fermement, leur dit ce président, et je pense, de plus, que cet âne se sera ainsi accoutré lui-même ; mais il venait pour vous voir et vous faire honneur ; on dira, non sans cause, qu’il est venu chez les siens et que les siens ne l’ont point voulu recevoir. » Cette fois, du moins, il y eut une bonne amende de cinquante francs contre celui qui avait imaginé le tour ; mais c’était chaque jour à recommencer. Dans la grand’chambre d’hiver, au temps des grands froids, un paysan entrait-il tout transi, regardant d’un œil d’envie l’immense cheminée monumentale où brûlaient des arbres entiers ? aussitôt ce monde de clercs s’entr’ouvrait, par grand respect, pour lui laisser une plus libre entrée ; mon rustre, touché jusqu’au cœur d’un accueil si obligeant, s’avançait, en toute joie, gagnant la cheminée à grandes enjambées, et remerciant, à part soi, tout ce petit peuple, qui, à grand tort et fort injustement, lui avait été dénoncé comme inhumain et inhospitalier ; il y a des langues si mauvaises ! Mais il n’y était pas resté quelques secondes, que, suffoqué, grillé dans cette zône torride, le pauvre diable reculait vivement, faisant mine de vouloir sortir, haletant, pantelant, et