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mais elle n’exigea de lui aucun notable sacrifice. Ce qu’il avait aimé, il l’aimait encore, parce qu’il n’avait rien aimé que de noble et délicat. Sous le rapport du style et des sentiments, il est aisé de constater aussi un parfait accord entre les livres qu’il a publiés et sa correspondance la plus intime et la plus familière.

Je ne veux emprunter à ses lettres qu’une citation, parce qu’elle fait connaître l’homme.

« Je souffre (écrivait-il en 1846, à la vue de polémiques passionnées qui avaient la politique pour objet) ; je souffre cruellement en voyant les hommes, tant les agresseurs que les attaqués, tant les grands que les petits, si passionnés, si intéressés, si malheureux, si vindicatifs, et je m’applaudis bien de m’être, toute ma vie, tenu loin de tous ces mouvements. On n’obtient sans doute à ce compte que de petits bonheurs, mais on évite certainement de grandes tempêtes. »

Gardons-nous de croire, cependant, que M. Floquet fut un stoïcien indifférent, et que le souci de sa tranquillité, en l’exemptant des tourments de l’ambition, l’ait jamais empêché de prendre parti quand il le fallait, et ait éteint en lui l’ardeur des fortes convictions et des sympathies généreuses.

Pendant le séjour qu’il avait fait à Paris, il avait eu l’honneur d’être présenté à Mgr de Quélen et de recevoir de lui les marques les moins équivoques, non seulement d’intérêt, mais d’amitié. On croira sans peine qu’il en conserva toujours le plus respectueux souvenir. Ce n’était jamais sans attendrissement qu’il parlait de ce vénérable prélat. Il aimait surtout à rappeler avec quelle paternelle bonté celui-ci l’avait accueilli, s’était appliqué à le consoler un jour que, sous le coup d’un deuil cruel, tout récent, il était venu lui confier sa peine et son découragement. Ce jour-là, il reçut de Mgr de Quélen un livre intitulé : les Consolations de la religion dans la perte des personnes