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robustes, aguerris par un travail de chaque jour ? Certes, le jeu n’eût pas été sûr. C’est qu’ils devenaient, parfois, passablament redoutables, ces purins, si bonnes gens pour l’ordinaire. Quelle indignation et quelle énergie on les avait vus montrer, un jour qu’il venait d’entrer au port un gros navire rempli de draps anglais que l’on apportait à Rouen pour les vendre ! « On veut donc, s’étaient-ils écriés, nous ravir le pain ! Allons, en route ! » Et, en un instant, ouvriers, femmes, enfants, l’œil enflammé, se levant comme un seul homme, descendant par milliers, fondant sur les quais, avaient brûlé des ballots qui venaient d’être débarqués ; puis, se jetant dans des chaloupes, avaient gagné le navire : et vous eussiez vu ce peuple furieux, mettant en pièces des marchandises abhorrées, jetant à l’eau les lambeaux des étoffes déchirées ; puis, lorsque tout avait été anéanti, ils s’étaient retirés calmes, sans commettre aucun autre désordre ; et, depuis lors, vous pouvez m’en croire, notre quai n’avait plus revu de navire chargé de marchandises du dehors. Cette action avait fait du bruit : les mémoires du temps l’appellent la descente des Reîtres.

Tels étaient les bons habitants de Saint-Nicaise : en temps de paix, doux comme des agneaux ; mais, en guerre, fiers comme des lions, terribles comme des