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en rond, comme à la Saint-Jean. Hélas ! tous ces transports devaient être cher payés ; et comment ces bonnes gens étaient-ils assez aveugles pour ne point apercevoir les apprêts de la noire vengeance que se promettait la jeunesse de Saint-Godard. Comme Troie, Saint-Nicaise avait son palladium, auquel semblaient attachées ses destinées : il était menacé, ce palladium, et les Troyens, trop confiants, ne s’en doutaient pas le moins du monde. Imaginez une poutre immense, aux proportions atlantiques, une maîtresse poutre, dont Gargantua eût voulu faire le sommier de la plus grande salle de son palais ; c’est ce que l’on appelait la boise de Saint-Nicaise. Elle leur était bien chère apparemment, cette boise immense, car ils l’avaient scellée avec des barres de fer dans le cimetière, près de l’église. À la vérité, cette boise était vieille comme le temps, et c’était à travers bien des hasards qu’elle était parvenue jusqu’à eux. Trois fois, depuis deux cent vingt ans, Rouen avait été assiégé, la première fois par des Anglais, puis, chose lamentable ! deux fois par des Français ; et toujours la boise de Saint-Nicaise avait été respectée. Même deux vieux savetiers, docteurs de la rue des Maîtresses, voulaient qu’elle remontât au déluge ; mais comme ils étaient seuls de leur bord, cette opinion n’était que probable. Chère par son antiquité, combien plus elle l’était par sa destination !