Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/191

Cette page a été validée par deux contributeurs.


tassent quelque effort pour rapprocher les deux peuples ennemis. Dans ce temps-là, les troupeaux obéissaient assez volontiers aux pasteurs ; quelques petits coups de houlette, donnés doucement et à propos, eussent pu empêcher leurs ouailles de se heurter au front ; mais, hommes de bien tous les deux, et bons ecclésiastiques au fond, encore nos deux curés n’étaient-ils pas des anges. Né d’une famille noble et riche, le curé de Saint-Godard, bien venu, désiré chez les grands, regardait quelque peu en pitié son confrère de Saint-Nicaise, pauvre, simple comme ses paroissiens, et ne parlant guère mieux. Ce dernier s’en apercevait de reste, et en tenait bon compte à son confrère. Bref ils étaient froids, et alors on regardait de trop près ses curés pour ne pas apercevoir ces petits nuages.

Deux peuples ainsi disposés l’un envers l’autre, et abandonnés à leur humeur, eussent-ils été séparés par un bras de mer, encore n’eût-ce pas été chose facile que de les maintenir en paix. Mais, par dessus tout cela, le malheur voulut qu’il n’y eût entre eux qu’un tout petit ruisseau, un filet d’eau, limite des deux républiques ennemies. La brillante Athènes d’un côté ; de l’autre, l’austère, laborieuse et pauvre Lacédémone.

Deux fois par an, le même jour, à la même heure,