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guerre mémorable si bien racontée par Cervantes, entre ces deux villages de la Manche, dont les consuls savaient si bien braire. Au frontispice, on verrait, sur l’une des bannières, la portraiture de l’âne auquel ne manquerait que la parole ; et, au-dessous, on lirait, en lettres d’or :


« Non, ce n’est pas sans mystère,
Qu’on a vu nos Consuls braire. »


L’auteur n’aurait garde d’oublier l’honnête Sancho, haranguant éloquemment les populations rivales, puis, à la fin, dûment frotté par les deux armées, dont le paillard avait voulu se railler.

Mais, sans aller se plonger dans le moyen-âge, si fécond, comme chacun sait, en guerres de ce genre, croyez-vous que les temps modernes ne lui fourniraient point de sujets ? N’ai-je pas vu, moi, dans mes voyages, — et parbleu ! je ne suis pas allé bien loin, — n’ai-je pas vu une ville, je dis une ville de Normandie, dont les deux paroisses, dédiées, l’une à saint Pierre, l’autre à saint Paul, étaient incessamment en guerre, en dépit de leurs saints patrons, si bons amis de leur vivant ? Mais, voyez-vous, Saint-Pierre était l’église paroissiale, et Saint-Paul la succursale ; de là des rivalités, de là des scènes sans nombre. Et, pour ne parler que