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sans le pouvoir corriger : c’était la loyauté française, mais une loyauté poussée à un étrange excès, et les maraudeurs étrangers n’y avaient que trop souvent trouvé leur compte.

La belle et commode jurisprudence pour le capitaine hollandais qu’avait vaincu Duquesne ! C’était Jacob Masecostre, un vieux rôdeur, connaissant de longue main toutes les mers, mais connaissant, sur toutes choses, nos scrupules de France en matière de prises, s’en raillant sous barbe tout son soûl, et se promettant bien d’en tirer parti. À peine descendu à terre, il était allé porter plainte à l’Amirauté de Dieppe, et il fallait l’entendre crier à la violation des traités, invoquer le droit des gens, dire que c’était une horreur, que le monde était corrompu, que les hommes de bien se faisaient, chaque jour, plus rares ; mais qu’heureusement, il y avait à Dieppe une Amirauté et des juges.

C’était, toutefois, mal s’adresser pour un marin si avisé ; et qui aurait laissé faire l’Amirauté, Jacob Masecostre eût pu jouer gros jeu contre les Duquesne ; car, à Dieppe, peuple, juges, grands, petits, tout était pour eux dans cette affaire. Mais le Parlement l’avait évoquée en hâte, voulant seule en connaître. Tout, donc, était maintenant perdu pour le jeune Dieppois, à moins d’un miracle.