Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/167

Cette page a été validée par deux contributeurs.


et souvent insulté, proie facile aux pirates de l’Angleterre, de l’Espagne, de la Hollande, à ceux aussi de Tunis et d’Alger. Quelle part, surtout, à notre Normandie dans ces humiliations et ces affronts ! À Dieppe, pendant quarante années, chaque jour, presque, a eu sa honte et sa douleur : ses vaisseaux emmenés en Barbarie, ses plus hardis marins captifs à Maroc, à Tripoli, languissant, mourant à la chaîne. Encore avait-on dû tout craindre de ces implacables ennemis de la croix et de l’humanité ; mais qu’en Europe, après de solennels traités avec des nations chrétiennes, il ne se passe presque plus de semaine sans que les vaisseaux partis de nos côtes soient en proie aux vaisseaux des alliés, comme à ceux des ennemis, nos marchands attaqués et pillés, ah ! Dieppe s’en indigne profondément ; ce qui lui reste de navires a semblé tressaillir dans ses bassins ; la province tout entière, se levant, interpelle énergiquement Louis XIII et demande, à grands cris, le signal de la vengeance. « Sire, lui disent les États de Normandie assemblés à Rouen, vous savez les insolences des Espagnols et des Hollandais ; ces deux nations se disent vos alliées ; toutefois, parce qu’elles sont en guerre, la Hollande arrête, chaque jour, nos vaisseaux naviguant vers l’Espagne ; l’Espagne, elle aussi, les saisit voguant vers la Hollande. La France sera-t-elle donc toujours