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années. L’avocat Chasseneuz, l’oracle de la Bourgogne, écrivit deux grandes pages in-folio, d’une écriture très serrée, pour prouver, par le Digeste, que les oiseaux étaient à qui pouvait les prendre, et que le principal était de les bien garder : c’est un des endroits les plus approfondis de son commentaire sur la coutume de Bourgogne. Le procès fut plaidé avec la solennité requise, devant l’official d’Autun, puis devant l’archidiacre de Lyon, et enfin en Cour de Rome, où il est encore pendant, à l’heure où je vous parle. Mais ce n’est point notre affaire : revenons, maintenant, à notre pie.

Elle était allée établir son nid sur un grand arbre existant aux limites de deux héritages contigus ; et c’était précisément dans les branches qui s’étendaient sur le fond du voisin, qu’elle avait pondu sa couvée. Or, il existait de vieille date, entre les deux voisins, non pas une de ces haines violentes et profondes qui veulent du sang ; non ; mais une de ces sourdes antipathies, aigres et tracassières, une de ces rancunes normandes, qui font qu’on se la garde bonne, qu’on se souhaite volontiers in petto toutes les petites adversités imaginables, et qu’enfin, lorsque la grêle vient à tomber, comme par un fait exprès, sur les blés de Jean, sans endommager le moins du monde ceux de Pierre, ce dernier en ressent je ne sais