Page:Amable Floquet - Anecdotes normandes, deuxieme edition, Cagniard, 1883.djvu/153

Cette page a été validée par deux contributeurs.


un jour le curé de Condé-sur-Noireau à un de ses paroissiens) de plaider ainsi, tous les jours, pour des choses de néant, contre vos plus proches voisins ! » — « Eh ! avec qui donc voulez-vous que je plaide, Monsieur le curé (lui répondit l’autre, péremptoirement) ; sera-ce avec Jean Leveau, de Falaise, qui ne me gêne point et ne me demande rien ? » La réponse était sans réplique, et force fut au curé de baisser la tête.

Les choses en vinrent au point, qu’enfin, un beau jour, la haute-cour fut saisie d’un grave différend entre deux voisins, au sujet d’un nid de pie qu’ils se disputaient avec acharnement ; affaire de conséquence, comme on voit, et des plus sommaires, vu l’imminent péril de voir les locataires déménager sans payer leur terme.

Beaucoup ne voudront pas croire qu’on ait jamais pu plaider pour un nid de pie ; mais les registres du Parlement en auraient donc menti, eux qui racontent le différend tout au long. Eh ! mon Dieu, en Bourgogne, ne plaidait-on pas et fort longtemps au sujet de l’étourneau du seigneur de Suilly, qui, s’enfuyant de chez son maître, était allé s’héberger chez un sieur de la Vipardière ? « L’oiseau est à moi », disait l’un. — « Il est devenu mien », répondait l’autre ; et, là-dessus, un bon procès qui dura longues