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où est décrite notre province, l’esprit chicaneur de ses habitants est toujours mentionné spécialement en termes honorables, et qu’après quelques mots sur le royaume d’Yvetot, sur le privilège de la Fierte, les palinods, la charte des Normands, leur échiquier, et leur cri de haro, arrive immédiatement l’inévitable tirade sur les procès, la plus douce, alors, la plus habituelle occupation de la vie de nos pères.

Ah ! qu’il connaissait bien les besoins de son pays et de son époque, ce bon curé d’Avranches, maître Jacques de Campront, qui, en 1597, mit en lumière et dédia au Parlement de Rouen le Pseautier du bon plaideur, contenant, pour chaque jour de la semaine, un cantique de sa façon, et quatre psaumes choisis par lui, que le bon plaideur devait réciter exactement pour gagner sa cause. Il ne manquait pas, dans ses prônes, d’en recommander la lecture à ses paroissiens ; et, vraiment, il prêchait d’exemple, car il plaidait sans cesse, le digne curé, et sans cesse il récitait son Pseautier du bon plaideur, ce qui (soit dit sans blasphème) ne l’empêchait point de perdre, çà et là, quelques procès sur la quantité.

C’était alors que Pipaut, ce paysan de Dozulé, se voyant taxé à un denier au-delà de son attente, prit à partie les collecteurs de la taille, se plaignant fort de leurs procédés tortionnaires et vexatoires. Et ce