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Civiliser le monde est aussi une façon de le conquérir; on règne aussi bien, et même beaucoup mieux, sur des pays lointains et à demi barbares, en leur portant la religion, la science, les arts, la politesse des mœurs, en les assujettissant par les liens du commerce, en les façonnant à sa langue, en leur apprenant l’art de vivre, qu’en prenant leurs villes en exterminant leurs habitants, en acquérant le droit d’inscrire les noms de leurs plaines et de leurs fleuves sur nos arcs de triomphe; il est plus glorieux encore d’imprimer les marques de son génie sur le sol étranger que d’y planter le signe de ses violences guerrières. Je le répète, toute l’ambition du peuple français pourrait être intéressée à la poursuite d’un but tel que la civilisation du monde. Si le gouvernement ( et j’entends par là un grand homme d’État ) s’attachait à cette pensée il la rendrait bientôt aussi sensible à tous les yeux que l’est le soleil au moment où il commence à luire entre la double solitude du ciel et de l’Océan’. Toute idée paraît vague qui est en’< De quelle nature est l’action de la France c’est ce qui mérite d’être expliqué. L’amour des conquêtes est le prétexte de nos guerres, et nous-mêmes y sommes trompés. Toutefois, le prosélytisme en est le plus ardent mobile. Le Français veut surtout imprimer sa personnalité aux vaincus non comme sienne mais comme type du bon et