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une douce et sainte tristesse s’empare de la nature ; le cœur de l’homme, délivré du besoin des affections terrestres, se complaît dans lui-même, dans les beautés de l’univers, dans leur grandeur et leur mélancolie. Il vient à vous, ô Dieu, dont il est séparé, il vous contemple du fond de son exil, du sein des émotions qui nous rappellent à vous. Impressions saintes et passionnées de l’automne, ciel sombre et pourtant aimé, douce pluie, plus chère que la rosée du matin, soir du jour, auguste comme le soir de la vie, fort de même, comblé de souvenirs, de calme, d’espérance !

La clochette des troupeaux qui rentrent au village, la rivière couverte de légères vapeurs, le froid naissant, tout nous émeut : mille impressions sensibles, mille pensées intimes se respirent dans l’air humide et voilé ; un sentiment de force et d’immortalité inspire l’homme. Mais, les émotions finies, les passions envolées comme ces tristes nuages, nos pleurs amers et doux, notre jeunesse exaltée, de même que la matière se transforme et reste indestructible, de même ces émotions invisibles, ces délices de l’âme nous seront-elles rendues ? Quand vient le soir, vous nous retirez la lumière du jour, et quand vient l’automne les chaleurs de l’été, mais c’est pour nous les rendre au jour nouveau, à la saison nouvelle. Lorsque le dernier soir sera venu, nous rendrez-vous de même la passion de notre jeunesse et un passé adouci et consolé, car rien ne l’a réparé ? Nous rendrez-vous ces jours sacrés, par lesquels notre vie fut lumineuse et qui vaudraient seuls la peine de la recommencer ? Oh ! déjà votre temple nous les rend, nous les