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L’abbaye du Vallon était dans des bois à sept ou huit lieues de Paris, mais ces bois semblaient être à cent lieues de la ville ; ils respiraient un air agreste et sauvage, plein de parfums, dans le plus grand silence, avec le calme, l’humanité, la fraîcheur, tous les enchantements des forêts. Le Vallon, très-enfoncé, recevait les eaux de ce terrain inégal ; des sources pures brillaient sous les enfoncements de rochers qui le bordaient ; partout leur doux murmure et leur limpidité. Cette contrée offrait le genre de beauté ordinaire aux campagnes des Gaules, renommées par les ombrages, les forêts druidiques, les ruisseaux limpides, le bruit du vent, les harmonies de l’orage ; nature sans éclat, sans chaleur, sans soleil, mais rêveuse, orageuse, inspiratrice.

Ce lieu m’est encore présent, ma jeunesse y trouva un charme que je ne m’expliquais pas ; mais quand le Vallon m’est revenu dans la mémoire, son caractère s’y est mieux dessiné ; j’ai revu ses bois si frais, ses parfums si purs, ses eaux si transparentes, son silence solennel et champêtre, et j’ai compris le ravissement de ma jeunesse.

Dans ce lieu je suis vraiment née, si naître c’est sentir, c’est aimer, c’est connaître une amitié passionnée. C’est là que la sensibilité a inondé mon âme comme un torrent, que mon cœur, jusqu’alors fermé, s’est ouvert, qu’un nouveau jour pour moi s’est levé sur l’univers, que j’ai compris les choses sous un nouvel aspect, et qu’au sein de l’admiration et de la tristesse, mon âme a pris son essor.

La personne qui éveilla ainsi ma sensibilité, l’éveilla par l’amitié ; cette personne est une femme. Je l’appellerai Laure, comtesse de Vallon. Elle était veuve ; l’abbaye était