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calme studieux et la satisfaction d’un esprit toujours d’accord avec lui-même.

Le récit de ces enchantements est d’un attrait indicible, et pourtant c’est toujours le même drame qui recommence avec un changement très-restreint de personnages ; mais il y a une singularité très-grande qui relie les actes de ce drame : c’est que la femme, en contractant de nouveaux liens, ne se détache pas des anciens. Elle ne veut pas éteindre les foyers qu elle a allumés : elle les respecte et elle les entretient comme des autels, avec une coquetterie pieuse et charmante. Qu’on ne se scandalise pas ! elle se défend et se réserve pour l’homme dont elle partage la passion, elle confie ce nouvel amour à ceux qui lui redemandent le passé, elle échappe aux périls de ces entrevues, tout en avouant qu’elle en a senti le charme et l’émotion. Elle a pour principe de cœur qu’on ne cesse pas d’aimer ce qu’on a aimé, que ceux qu’elle a quittés par lassitude ou par crainte du joug étaient dignes de son éternelle tendresse, et elle laisse volontiers à ces amitiés le nom d’amour qui sied encore à leur délicatesse. Elle suit les travaux de ces esprits éminents, elle s’intéresse à leurs succès dans les lettres, dans la politique ou dans le monde, elle garde leur confiance intime qu’elle provoque par la sienne. Elle s’est emparée de leur estime, elle la conserve, et un peu de leur amour lui revient encore, par chaudes bouffées, bien qu’elle n’y prétende