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avaient passé leur vie à combattre ? Ce qu’elles ont éprouvé ne valait-il pas mieux que le triomphe dans un tel combat ? — Je ne sais rien, je cherche, je voudrais me rendre compte de ma vive indulgence, fixer mes idées confuses ; mais existe-t-il une femme qui ait vu les éclairs d’un sentiment passionné et qui ait dit : J’étoufferai l’émotion que je ressens ? »

Ces réflexions et d’autres encore justifient la définition qu’elle donne d’elle-même au début : « Une personne qui place dans sa destinée l’amour et l’indépendance au-dessus de tout. » Voilà certes un grand problème à résoudre, car c’est la solution d’une antithèse redoutable. La société n’est point arrangée pour cela ; tout au contraire, en prescrivant la fidélité dans l’amour, elle impose le sacrifice de la liberté. Moi je trouve que l’idéal serait un état des mœurs, une disposition générale des esprits où ce sacrifice serait aussi doux que méritoire pour les deux sexes. Madame de Saman n’a pas dû dire le contraire ; mais, sentant l’appel de la jeunesse, elle a voulu vaincre la difficulté sans prendre souci du milieu et des circonstances. Son amie a combattu doucement cette terrible résolution, craignant sans doute pour elle une vieillesse déçue, amère. Voici le livre qui répond à tout et signale tranquillement le triomphe. La vieillesse est douce, heureuse et digne ; après une suite d’enchantements cherchés ou subis, elle respire l’enchantement d’un