Page:Alhaiza, Cybèle, voyage extraordinaire dans l'avenir, Georges Carré, 1904.djvu/51

Cette page a été validée par deux contributeurs.
53
CYBÈLE

grand bois tout baigné d’ombre. Attiré par de douces séductions de fraîcheur et de mystère, le jeune homme pénétrait sous l’épaisse ramure lorsqu’il voit s’avançant de son côte, avec la majesté d’une déesse, une femme d’une céleste beauté dont les blancs voiles s’éclairaient d’intermittents éclairs quand dans sa marche sur le vert assombri du gazon, elle passait sous les étroits rayons de soleil qui ça et là tombaient de la voûte au bruissant feuillage. La ravissante apparition s’arrête à quelques pas en penchant sur lui son doux visage. Ô surprise ! Ô ravissement ! c’est elle, c’est sa Jeanne ! Et le rêveur, éperdu d’amour, tombait sur ses genoux et tendait ses bras à la bien-aimée… Mais pourquoi ce froid regard, cet air indifférent ? Sa Jeanne ne connaît-elle plus son fiancé ? Ciel ! elle ouvre la bouche pour proférer des paroles hautaines. Elle détourne la tête et elle passe. C’en est trop ! Aussi Marius ouvre-t-il les yeux et, revenant à lui, s’aperçoit qu’il sort d’un songe trompeur, d’une angoisse chimérique à la place de laquelle vient le mordre au cœur une autre angoisse cette fois trop bien motivée, celle de la réalité de sa situation. Alors un éclair de révolte et de colère contre l’injuste destinée jaillit de ses yeux. Il allait sans doute la revoir cette Gemma implacable avec son cercle infernal. Mais non, l’étoile maligne n’était plus là. Ce qu’il y