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CYBÈLE

qui paraissait absorbé depuis un long moment dans un entretien fort attachant sans doute, avec la sérieuse mademoiselle Renée, ne s’aperçut de la présence des nouveaux époux que lorsqu’ils arrivaient tout près de lui. Il se leva vivement et s’avança la main tendue pour serrer celle de l’heureux Marius.

— C’est donc vous, enfin, cher Al…, cher monsieur Coral ? Vous ne sauriez croire combien je sentais que vous me manquiez, s’écria notre ami dans un impétueux élan, en serrant dans ses bras le brave professeur un peu décontenancé par de si excessives démonstrations.

Puis tout à coup les traits de Marius se contractèrent, et il serra avec force le bras de Jeanne toute surprise de ce brusque revirement. C’est qu’il venait d’entrevoir, regardant du dehors par une fenêtre ouverte, son inconscient bourreau de Cybèle, monsieur Camoin, le juge de paix, qui passait par là et qui venait de céder à l’amère curiosité de voir la radieuse Jeanne au bras de son heureux rival.

— Qu’avez-vous mon ami ? questionna l’enfant,

— Ah ! ma Jeanne, ma Junie, si tu savais ?

— Junie ? qu’est cela ?

— On étouffe ici, sortons un moment respirer l’air de la nuit. Oh ! viens, ma chère âme, que je te dise combien j’ai été fou et combien je t’aime !