Page:Alhaiza, Cybèle, voyage extraordinaire dans l'avenir, Georges Carré, 1904.djvu/260

Cette page a été validée par deux contributeurs.
262
CYBÈLE

lard osseux, au front fuyant, à l’œil hardi, que ses interlocuteurs appelaient capitaine, et dont le cou barbu sous un menton rasé, autant qu’un fort accent yankee, dénonçait la nationalité reconnaissable aux mêmes caractères qu’autrefois. Jonathan Duck qui commandait un grand aéronef de Nord-Amérique n’était pas homme en effet à laisser admettre qu’aucune autre nation primât la sienne en quoi que ce fût. En vain lui rappelait-on maintes inventions admirables, toutes sortes de progrès merveilleux qui étaient éclos dans les pays d’alentour il en avait de plus merveilleux et de plus admirables encore à citer à l’honneur de sa patrie américaine. Était-ce en Europe que l’homme avait su domestiquer des espèces animales aussi rebelles que les habitants des mers ? Dresser le phoque, le marsouin, le requin lui-même à aller pécher au large et à rapporter honnêtement leurs prises à leur maître comme de fidèles chiens de chasse ? À faire même ses commissions vers les plus lointains rivages ? Plier la baleine à subir avec docilité le joug d’un harnachement, et se faire promener par elle à fleur d’eau avec la rapidité extraordinaire dont on dit capable ce géant de la création, et qui rend possible un tour du monde en moins de quinze jours ? C’était bien la peine, ma foi, de parler des inventeurs européens ! En existait-il parmi eux qui fussent à la hauteur