Ouvrir le menu principal
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
179
JOURNAL DE MONSIEUR MURE

Puis, je gravis très vite les dernières marches, et je sonnai. Une bonne. Je lui remis ma carte.

— Madame est-elle visible ?

— Je vais voir, monsieur…

Et, m’ayant introduit dans le salon, elle referma la porte sur moi. Je fus tout de suite obligé de m’asseoir. Mais je me sentais heureux. Elle avait passé dans cette atmosphère ! Il y avait quelque chose d’elle dans le goût et l’harmonie de l’ameublement, dans l’arrangement de certains objets, dans le laisser-aller de certains autres. J’avais vu déjà quelque part des rideaux drapées comme ceux-ci ! oui, autrefois, dans sa chambre de jeune fille. Et ce gros album en cuir de Russie, avec des coins et un fermoir d’argent, c’était moi qui le lui avais donné ! Je me mis à le feuilleter. À la fin quelques photographies nouvelles ; mais les anciennes y étaient toujours, dans le même ordre ! En tête, le commandant Derval, avec son ruban et son air furieux… Puis moi, plus jeune de dix ans. Puis Hélène, dans des poses diverses, et à différentes époques : Hélène tout enfant, en petites jupes courtes ; Hélène en première communiante ; Hélène en uniforme d’élève de Saint-Denis ; Hélène jeune fille ; Hélène mariée. Puis, il y en avait une récente que je ne connaissais pas : Hélène à Paris, plus belle et plus désirable encore… toujours fière, plus femme… Je la contemplais avidement, lors-