Ouvrir le menu principal

Page:Alembert - Trois mois à la cour de Fréderic : lettres inédites.djvu/34

Cette page a été validée par deux contributeurs.


sion. Je suis arrivé ici le 22, après un voyage très heureux et très agréable ; ce voyage n’a même pas été aussi fatigant que j’aurais pu le craindre, quoique j’aie souvent couru jour et nuit ; mais le désir que j’avais de voir le Roi et l’ardeur de le suivre depuis Gueldres, où je l’ai trouvé, jusqu’ici, m’a donné de la force et du courage. Je ne vous ferai point d’éloges de ce prince, ils seraient suspects dans ma bouche : je vous en raconterai seulement deux traits qui vous feront juger de sa manière de penser et de sentir.

« Quand je lui ai parlé de la gloire qu’il s’est acquise, il m’a dit avec la plus grande simplicité qu’il y avait furieusement à rabattre de cette gloire : que le hasard y était presque pour tout et qu’il aimerait bien mieux avoir fait Athalie que toute cette guerre ; Athalie est en effet l’ouvrage qu’il aime et qu’il relit le plus ; je crois que vous ne désapprouverez pas son goût en cela, comme sur tout le reste de notre littérature, dont je voudrais que vous l’entendissiez juger.

« L’autre trait que j’ai à vous dire de ce prince, c’est que le jour de la conclusion de cette paix si glorieuse qu’il vient de faire, quelqu’un lui disant que c’était là le plus beau jour de sa vie : le plus beau jour de la vie, dit-il, est celui où on la quitte. Cela revient à peu près, Madame, à ce que vous dites si souvent, que le plus grand malheur est d’être né.

« Je ne vous parlerai point, Madame, des bontés infinies dont ce prince m’honore ; vous ne pourriez le