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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/75

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d’une personne intimement convaincue de sa vertu, et qui venait en outre de se donner la satisfaction de placer deux grands mots français dans la même phrase.

« J’ai vu aussi quelque chose ce matin, dit Beth, qui rangeait le panier toujours en désordre de Jo ; j’avais l’intention de le dire à table, mais j’ai oublié. Lorsque je suis allée chercher du poisson, M. Laurentz était dans la boutique avec M. Cutter, le marchand, quand une pauvre femme, portant, un seau et une brosse, vint demander à M. Cutter s’il voulait lui faire faire quelque nettoyage en lui donnant pour payement un peu de poisson pour ses enfants qui n’avaient rien à manger. M. Cutter, qui était très occupé, dit assez rudement « non », et la pauvre femme s’en allait tristement, quand M. Laurentz décrocha un gros poisson avec le bec recourbé de sa canne et le lui tendit. Elle était si contente et si surprise qu’elle prit le poisson dans ses bras et s’en fit comme un plastron ; c’était en même temps attendrissant, et risible de la voir, ainsi cuirassée, remercier M. Laurentz de toutes ses forces, et lui dire qu’elle espérait que son lit serait doux dans le paradis. Il lui mit dans la main une pièce de monnaie pour le pain et l’ale, en la priant de ne pas perdre son temps en remerciements, et en l’engageant brusquement à aller vite faire cuire son poisson, ce qu’elle fit. Comme c’était bien de la part de M. Laurentz !

— Très bien, répondit tout l’auditoire, très bien !

— Voilà en quoi j’envie les riches, dit Jo. Quand ils ont pu faire dans leur journée une bonne petite chose comme celle-là, ils sont plus heureux que nous.

— Assurément, dit Beth, j’aurais voulu pouvoir être à la place de M. Laurentz dans ce moment-là. »

Les quatre sœurs, ayant raconté chacune leur histoire,