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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/360

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presque paysan, et qu’il a complètement changé de goûts et de vie ? Trois ans, c’est une épreuve, cela !

— Et songez aussi, reprit Amy, que le bois de là-bas, que nous avons traversé, dépend de la ferme, et que, pour mes paysages, bois, prés, forêts, eaux vives, étangs, bêtes à cornes et autres, j’aurais tout sous la main.

— Ma foi, dit Jo, tout cela est si impossible, si peu explicable, et peut-être si peu raisonnable, que, que… eh bien ! oui, que je l’accepte ! Aussi bien mes cheveux ont tant repoussé depuis tantôt cinq ans, qu’il faut croire que je suis peut-être une femme après tout. Mais, si cela tourne mal, vous en aurez seul la responsabilité, monsieur Laurentz. — Oui, j’accepte, dit-elle au radieux Laurie en posant solennellement la main sur son épaule, comme pour prendre, par ce geste imposant, possession de tout son être, oui j’accepte… toutefois j’y mets une condition : c’est que les grands-parents demeureront, pour de bon, tous les trois avec les deux jeunes personnes, dans le trop joli château, mais que monsieur mon mari et moi nous habiterons la ferme. Il veut être le mari d’une fermière, eh bien, fermier il sera, et « pas pour rire ».

— C’est entendu ! répondirent les grands-parents tout d’une voix.

— C’est promis, répondit Laurie.

— Ah ! quel Laurie vous faites ! s’écria Jo. Vous m’avez fait faire bien des folies, mon ami. Pourvu que celle-ci soit la dernière.

— Rappelez-vous, Jo, ce que je vous disais le jour des fiançailles de Meg : « Laurie ne peut pas se passer de Jo. » Depuis quatre ans, ma conviction a eu le temps de se faire, je suppose. Soyez tranquille, Laurie tiendra toutes ses paroles à son indispensable Jo. »