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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/320

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à qui il devait le peu de qualités qu’il avait, la paix se fit aussi de son côté.

Pendant ce temps, Jo restait à l’écart et essayait d’endurcir son cœur contre Laurie ; car enfin il demandait pardon à tous, mais à elle qu’il avait si effrontément mise en cause, il ne lui demandait rien. En vérité, c’était trop de sans-gêne.

Laurie la regarda une ou deux fois ; mais, comme elle ne faisait pas mine de lui pardonner, il se sentit repris d’un mouvement d’humeur d’autant plus vif contre elle qu’il avait compté davantage sur sa clémence. Aussi, quand il eut fini avec les autres, il se borna à lui faire un grand salut et partit sans lui adresser un mot.

Grâce à cette sotte manœuvre, Laurie s’en alla encore mécontent de lui-même, et, ce qui était souverainement injuste, plus mécontent de Jo, car enfin il avait attiré sur elle d’injurieux soupçons, et il ne lui avait pas donné satisfaction sur ce point-là.

Il faut dire que Jo avait, au milieu de toute cette affaire, fait fort bon marché de ses griefs particuliers, et que Laurie, qui la connaissait bien, avait cru le comprendre ; aussi, à peine était-il sorti, qu’elle se repentit de n’avoir pas été plus indulgente. Quand Meg et sa mère furent remontées dans la chambre de Beth, elle regretta d’avoir laissé partir Laurie sans que la réconciliation se fût faite entre lui et elle. Les mouvements de Jo étaient aussi rapides que sa pensée ; en un clin d’œil, s’étant armée d’un livre qu’elle avait à reporter dans la grande maison, elle s’y rendit.

« M. Laurentz est-il chez lui ? demanda-t-elle à une domestique.

— Oui, miss, mais je ne crois pas qu’il soit visible maintenant.

— Serait-il malade ?