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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/287

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La vieille dame trouvait l’enfant plus docile et plus aimable que sa sœur Jo, et pensait que c’était de son devoir d’essayer de contre-balancer, autant que possible, les mauvais effets de la trop grande liberté qu’on lui accordait chez elle.

Elle entreprit donc de refaire Amy et de l’élever comme elle-même avait été élevée, soixante ans auparavant. Ce régime, si peu approprié à sa nature, porta le malheur dans l’âme d’Amy. En présence de sa tante, elle ressemblait à une mouche prise dans la toile d’une araignée.

Elle devait laver, tous les matins, les tasses et les assiettes du déjeuner et frotter les vieilles cuillers, la grande théière d’argent et les verres, jusqu’à ce qu’ils fussent très brillants. Puis elle devait épousseter la chambre, et quelle tâche c’était ! Pas un grain de poussière n’échappait à l’œil de tante Marsch, et les meubles étaient ornés de sculptures si compliquées qu’ils ne pouvaient jamais être complètement essuyés. Puis elle devait nourrir Polly, peigner le chien, et faire une douzaine de voyages, soit en haut, soit en bas, pour donner des ordres, car la vieille dame marchait très difficilement et quittait rarement un grand fauteuil. Lorsqu’elle avait fait ces minutieux travaux, il fallait qu’elle répétât ses leçons, ce qui mettait à l’épreuve toutes les vertus qu’elle possédait. On lui accordait alors une heure pour se promener, et elle en profitait toutes les fois que c’était possible. Laurie, fidèle à sa promesse, venait tous les jours voir Amy, et souvent persuadait à tante Marsch de lui permettre de faire faire à Amy une promenade, soit à pied soit en voiture ; c’était un repos nécessaire pour elle. Après le dîner, Amy devait lire à haute voix, alors même que la vieille dame dormait, ce qu’elle