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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/283

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Hannah continuait à dormir, les deux sœurs voyaient l’ombre s’épaissir, tomber sur le petit lit de Beth. Une heure s’écoula sans autre incident que le départ silencieux de Laurie pour la gare. Une heure encore se passa. Pourquoi Laurie, pourquoi leur mère n’étaient-ils pas encore là ? Les jeunes filles étaient hantées par la crainte que quelque accident ne fût arrivé au train qui devait leur rapporter Mme Marsch, ou encore que les nouvelles de Washington n’arrivassent pires que par le passé.

Il était plus de deux heures lorsque Jo, qui était debout devant la fenêtre et pensait que la terre avait un aspect effrayant dans son blanc linceul de neige, entendit un léger bruit près du lit. Se retournant vivement, elle aperçut Meg agenouillée devant le fauteuil de sa mère, la figure cachée dans les mains. Une terrible angoisse passa dans le cœur de Jo. Elle se dit : « Beth est morte, et Meg n’ose pas me le dire. » En un instant, elle fut à son poste, les yeux sur le visage de Beth. Il lui sembla qu’une modification nouvelle avait passé sur les traits de la malade. La rougeur de la fièvre était partie, et la bien-aimée petite figure lui parut si calme et si paisible dans son profond repos, que Jo ne se sentit aucune envie de pleurer ou de se lamenter. Se baissant tendrement vers sa sœur chérie, elle embrassa son front humide en mettant tout son cœur dans son baiser et murmura doucement.

« Beth, ma Beth aimée ! ne te sens-tu pas mieux ? »

Éveillée sans doute par le léger mouvement des deux sœurs, Hannah se leva, elle s’approcha de Beth, la regarda attentivement, lui tâta le pouls et dit d’une voix brisée par l’émotion :

« Je crois… oui, je crois qu’elle est sauvée ! La