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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/276

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agréables, n’en pouvait faire. Chacun regrettait Beth ; la laitière, le boulanger, le boucher et l’épicier demandaient de ses nouvelles. La pauvre Mme Hummel vint en pleurant demander pardon de l’avoir rendue involontairement malade ; les voisins lui envoyèrent toute sorte de choses et de bons souhaits, et même ceux qui la connaissaient le mieux furent surpris de voir combien d’amis la timide Beth s’était faits.

Pendant ce temps-là, elle était couchée avec la vieille Joanna, sa poupée favorite, à côté d’elle, car, même lorsqu’elle avait le délire, elle n’oubliait pas sa première protégée. Elle aurait bien voulu avoir ses chats ; mais elle refusait de les prendre, de peur de les rendre malades, et, dans ses moments de tranquillité, elle était remplie d’anxiété pour Jo. Elle envoyait des messages à Amy, chargeait ses sœurs de dire à sa mère qu’elle lui écrirait bientôt, et demandait souvent du papier et un crayon pour essayer de dire un mot à son père, afin qu’il ne crût pas qu’elle le négligeait. Mais bientôt elle perdit tout à fait connaissance. Elle restait à se retourner dans son lit en murmurant des paroles incohérentes, ou tombait dans un sommeil de plomb qui ne lui apportait aucun repos. Le docteur Banks venait la voir deux fois par jour ; il n’avait jamais vu une scarlatine si intense. Hannah ne se couchait plus ; Meg avait dans son pupitre un télégramme prêt à être envoyé, et Jo ne s’éloignait pas une minute du lit de sa sœur.

Le premier décembre fut réellement pour elles un jour terrible ; un vent glacial sifflait autour de la maison ; une neige épaisse tombait en tourbillonnant, et l’année semblait s’apprêter à mourir. Lorsque le docteur vint voir Beth, il la regarda longtemps attentivement, prit sa main brûlante dans les siennes et dit à voix basse à